Suits : la série qui fait réfléchir au prix de la « réussite »
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TRIBUNE : Suits - la série qui fait réfléchir au prix de la « réussite »

Bien sûr, l’une de ses héroïnes, la comédienne Meghan Markle va épouser le Prince Harry le 19 mai prochain. Mais ce n’est pas à ce titre, ni à cause de son futur titre de noblesse, que la série Suits, avocats sur mesure où elle se produit, me donne envie d’attirer ici votre attention.

Publié le 8 juin 2019
Par Laurent Da Silva

Bien sûr, l’une de ses héroïnes, la comédienne Meghan Markle va épouser le Prince Harry le 19 mai prochain. Mais ce n’est pas à ce titre, ni à cause de son futur titre de noblesse, que la série Suits, avocats sur mesure où elle se produit, me donne envie d’attirer ici votre attention.  

Un monde de workholics brillantissimes

Loin de Buckingham, cette série se déroule dans l’un de ces top cabinets de Manhattan. L’un de ces lieux où, dans des bureaux feutrés, des avocats d’affaires issus des meilleures universités américaines livrent bataille dans des costumes (suits) à 5 000 dollars. Des batailles pour leurs clients, mais surtout pour leur carrière. Celle qu’ils mènent au détriment de leur vie personnelle, qui n’est au mieux, qu’une partie intégrante de leur vie professionnelle ou, au pire, un champ de bataille. Pour ces workholics, les vacances sont une perte de temps, et le boulot la seule raison d’être.

L’ambition comme moteur de vie

Une série terriblement XXe siècle ? Pas vraiment. L’un des personnages centraux de toutes les saisons de Suits – et ses 124 épisodes diffusés à ce jour – est justement l’un de ces millenials, l’un des membres de cette génération que leurs ainés aiment décrire comme perdue pour l’entreprise. Celle qui se moque des acharnés du bureau, celle à laquelle cette même entreprise doit bien s’adapter au risque de les perdre. Mais si Mike, le héros de cette génération Y dont il est question, est bien de son temps, il ne le sera pas longtemps. Grâce à sa phénoménale mémoire eidétique et sur un quiproquo, le jeune homme, dépourvu de tout diplôme, se retrouve embauché par l’un de ces grands cabinets qui ne recrute que des jeunes diplômés issus d’Harvard. Et pour mériter ce poste – mais aussi pour protéger son secret –, il va s’absorber dans son job et deviendra lui aussi un accro du boulot, tout comme celui qui l’a recruté, Harvey Specter, dont il fait son mentor.

Une série pour les couples à double carrière

L’ambition plus forte que tout n’est pourtant pas le seul enseignement livré par les producteurs de Suits. Au fil des saisons, ils sèment aussi, et surtout, une réflexion utile à tous les accros du boulot qui ne savent pas toujours où mettre le curseur qui sépare leur vie personnelle de leur vie professionnelle. Ces personnages acharnés à leur réussite tentent, malgré tout, de préserver une vie amoureuse. Ils y réussissent parfois, y échouent souvent. Finalement, Suits est la série des couples, et pas seulement celle des amateurs de suspens juridiques. Car elle parle à ceux qui veulent réussir tous deux une carrière à 150 %, qui l’assument, convaincus que le succès professionnel les amènera au succès privé grâce aux moyens que le premier procure.

Un spectacle libératoire

La série s’adresse aussi à ceux dont l’un des deux a renoncé pour que l’autre réussisse. Elle ne conseille rien, ne désigne aucune voie et se contente de montrer, jusqu’au bonheur que procure cette drôle de vie, mais aussi, jusqu’au burnout de l’un des personnages principaux. Finalement, Suits offre les bienfaits du théâtre antique et de son mécanisme de purgation : elle liquide les complexes du spectateur par le spectacle du châtiment des coupables. Voilà tous les bienfaits de la catharsis. Ils sont ambitieux, ils aiment l’argent et le pouvoir, ils sacrifient tout pour leur boulot. Résultat : ils ratent leur vie privée.

Une série de choix

Suits libère ainsi l’inconscient de ceux attirés par la réussite professionnelle, l’argent, les beaux costumes et le pouvoir : la série livre simplement le prix à payer. A nous de conforter nos choix d’équilibre ou de sacrifice. Même dans la vraie vie, au-delà de la série, les personnages prolongent ce dilemme. Meghan Marckle, en se mariant, quitte son rôle. Mais c’est pour en endosser un autre. Pas forcément moins voyant, et surtout, pas forcément moins prenant. Princesse est un full time job dans lequel la vie privée est éminemment publique.