Laurent Da Silva : "Attention aux “revengers” dans les starting-blocks"
métiers pénuriques et covid

Laurent Da Silva : "Attention aux “revengers” dans les starting-blocks"

Revenge travel”, “Revenge buying”, … Avec la levée des restrictions, verra-t-on comme pour les voyages et les achats le phénomène du “revenge” s’appliquer à la recherche d’emploi ? Après la frustration, la frénésie de changement de job ? Nous les voyons déjà dans nos cabinets, ces candidats au départ dans les starting-blocks, prêts à prendre leur revanche dès qu'ils le pourront. Mais on peut s’interroger sur la justesse de leur réaction, à commencer envers leur employeur.

Publié le 16 avril 2021

Par Laurent Da Silva

La crise a vu naître cette tribu qui ronge son frein. Nous les voyons déjà dans nos cabinets, ces “revengers” qui cherchent à préparer leur départ vers un nouvel employeur, la revanche en bandoulière, frustrés d’être restés coincés dans leur carrière depuis un an. Leurs motivations au départ sont liées à la crise : ils ont été « déçus » par leur boss actuel qui leur a refusé le 100% télétravail, n'ont pas eu les primes qu'ils espéraient sous prétexte que l’entreprise n’a pas atteint ses objectifs (« mais pas eux »), n’en peuvent plus de relayer des messages contradictoires à des collaborateurs déboussolés…

Frustrations salariales

Il ne s’agit pas pour autant d’amnésie, mais plutôt du réflexe très humain du « tout, tout de suite » puisque la crise est passée. Ils se réfèrent au temps d’avant 2020, où les prévisions de création d’emploi cadre avaient encore pris 5%, où les rémunérations étaient à la fête. Aujourd’hui, ils demandent une augmentation en montrant les efforts qu’ils ont faits, eux personnellement, pour aider l’entreprise à tenir. Mais ils oublient au passage le temps nécessaire au redressement des comptes.

Rancœurs accumulées

Des comptes que ces salariés risquent également de réclamer à leur employeur, bien au-delà d’une hausse de leur rémunération. Car ils ont parfois le sentiment d’avoir été malmenés durant la crise. Ce qui est strictement exact. Le pays l’a été, leur entreprise l’a été et ils l’ont été. La faute à qui ? A un manque d’explication, de clarté et à un surcroit d’improvisation inévitable, à tous les niveaux. Celui de l’Etat et celui des entreprises, amenés, les uns comme les autres à manœuvrer par temps de brouillard. Parfois les salariés, comme les citoyens, le comprennent, parfois non.

Contrer la tentation du “revenge”

Aujourd’hui les entreprises sont sur la ligne de crête. Elles sont au sommet de cette vague qui va forcément basculer et les faire tanguer face au double défi qui les attend : ressortir économiquement indemnes de la tempête, et conserver leurs marins à bord, sans pour autant les démotiver en raison de rancœurs accumulées. Et en évitant de les faire fuir vers d’autres boîtes à leurs yeux plus rémunératrices ou plus respectueuses de leur bien-être.

Soigner sa différence d’employeur

Une fuite qui peut faire l’affaire de toutes les entreprises qui recrutent, évidemment. Et malgré les augures qui prévoient un assèchement généralisé du marché de l’emploi, les opportunités existent et existeront encore lorsque la crise sanitaire sera passée. Mais là encore, gare à l’écueil côté employeur. En se contentant d’un moins-disant salarial et de conditions de travail trop banales, ce qui est parfois le cas ces temps-ci, ces entreprises qui ont besoin de recruter vont se priver des meilleurs qui préfèreront rester en poste sans bouger, au chaud, plutôt que de prendre le moindre risque.

Vers de nouveaux package post-covid

La crise, quelle crise ? Pour reprendre la question que certains salariés peuvent se poser, certains employeurs semblent également se la formuler. A eux aussi de ne pas avoir la mémoire courte. A eux aussi de prendre en compte les changements qui interviennent, de donner les bonnes réponses à leurs collaborateurs et aux candidats qu’ils sollicitent. Que ce soit en terme de télétravail, de protection sanitaire ou de rémunérations. Les règles ont changé ou vont changer. Et c’est aux entreprises et aux salariés d’en écrire de nouvelles. Ensemble.