Le travail hybride, nouveau mode de “vie” ou nouveau mode de “travail” ?
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Le travail hybride, nouveau mode de “vie” ou nouveau mode de “travail” ?

Où commence et où s’arrête la nouvelle frontière du travail dans nos vies ? Après des mois de télétravail forcé, la question dérange. Certes une majorité de salariés plébiscite une organisation hybride, un mix entre présence au bureau et télétravail. Mais il faut aussi tenir compte des dangers si ces transformations de pratiques de “travail“ deviennent un nouveau mode de “vie”.

Publié le 27 octobre 2021

De Laurent Da Silva

Du temps plus flexible

La pandémie a accéléré l’adoption de nouveaux modes de travail. Désormais, la nouvelle “normalité” mixe le présentiel et le remote. C’est du moins ce à quoi aspire une majorité de salariés. Ces transformations en cours vont forcément réserver des surprises, bonnes et moins bonnes, qu’il est aujourd’hui impossible d’anticiper, et dont on ne pourra mesurer les bienfaits ou les inconvénients avant des mois, voire des années.

En moyenne, les travailleurs veulent passer au moins 53 % de leur temps de travail à distance. (Source : Etude Adecco « Nouvelles normalités »)

Ce nouvel équilibre des temps peut réserver de bonnes surprises si l’on s’aperçoit que le nouvel équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle favorise la seconde en rendant la première plus sereine. Être bien dans sa peau, c’est bon pour l’engagement, la productivité et la créativité. Partir courir autour de chez soi deux minutes après son dernier Zoom, switcher d’un Meet au bain des enfants, inviter des voisins en pleine semaine… Autant de plaisirs désormais accessibles alors qu’il ne fallait pas trop y penser au temps du 100% présentiel.

Mais ce rééquilibrage des temps peut aussi réserver de mauvaises surprises si la vie professionnelle déborde sur le temps personnel au point de fragiliser la santé mentale des salariés.

Le rôle essentiel du bureau physique

La deuxième édition de l’étude « Nouvelles normalités » réalisée par le groupe Adecco met à jour trois dangers majeurs pour la qualité de vie professionnelle si l’hybride venait à se généraliser.

D’abord, le mode de travail hybride risque de diluer la culture d’entreprise. Les visioconférences, aussi nombreuses soient-elles, ne remplaceront jamais les small-talks entre collègues en présentielTous ces échanges informels qui jalonnaient nos journées – tout comme les rituels festifs du vendredi – peuvent passer pour anecdotiques et divertissants. En réalité, ils soudent les équipes, façonnent le sentiment d’appartenance à une culture et font le sel de la vie en entreprise.

Un autre risque, et non des moindres, pousse à relativiser les vertus du mode hybride. Les débuts de carrière des plus jeunes collaborateurs sont fragilisés par l’absence des managers et des collègues à leurs côtés. Ces derniers ont beaucoup de mal à s’intégrer dans des espaces de travail à moitié vides. Ce sont d’ailleurs les plus jeunes qui expriment la plus forte envie de revenir au bureau.

Enfin, le management aussi risque d’être entravé par ce mode hybride. Non pas celui du quotidien, car il est facile de rester en contact avec ses équipes par voie électronique. Mais le management au long cours, celui qui fait évoluer les individus tout au long de leur carrière. Il n’a jamais été aussi difficile pour un manager de guetter les signaux faibles, ceux qui permettent de savoir qu’un collaborateur ne va pas très bien, ou au contraire qu’il surperforme. Cela, une connexion même ultra-performante, ne le permet pas.

Travailler mieux sans travailler plus

Ces incertitudes liées aux nouveaux modes de travail, et donc de vie, les DRH les appréhendent mais ne savent pas vers quel côté penchera la balance.  Vers la vie privée améliorée au dépend de l’entreprise ? Vers une vie rééquilibrée mais respectueuse de l’intérêt collectif ? Nul ne le sait. Comment comprendre que 51% des parents actifs préfèrent travailler au bureau alors que 42% de sans-enfants préfèrent le remote ? Je suis convaincu que la réponse sera donnée par les salariés eux-mêmes. Les entreprises devront s'adapter pour conserver et attirer les talents.