Foot et business : même combat !

TRIBUNE : Foot et business : même combat !

Le football, c’est de la politique, de la diplomatie, de la psychologie, du vivre ensemble, de la dramaturgie, et parfois de la tragédie. En ces temps de Coupe du monde, tout devient football et les parallèles fleurissent. Mais s’il est une comparaison qui s’impose, c’est celle que l’on peut oser entre le ballon rond, l’entreprise en général et le management en particulier.

Publié le 8 juin 2019
Par Laurent Da Silva
Le football, c’est de la politique, de la diplomatie, de la psychologie, du vivre ensemble, de la dramaturgie, et parfois de la tragédie. En ces temps de Coupe du monde, tout devient football et les parallèles fleurissent. Mais s’il est une comparaison qui s’impose, c’est celle que l’on peut oser entre le ballon rond, l’entreprise en général et le management en particulier.

Car en observant le talent des coachs qui sont aujourd’hui en Russie ou entre deux saisons dans leurs clubs respectifs, on mesure presque en temps réel, du moins sur la durée d’un tournoi ou d’une saison de championnat, les résultats de leurs méthodes de recrutement et d’encadrement. Une source d’inspiration pour les managers qui, chaque jour, gèrent leurs équipes au sein d’un service ou d’une entreprise.

Deux écoles du collectif
Il y a d’un côté la construction d’un projet sur le long terme, et de l’autre la réussite à très court terme mais non renouvelable. Ces deux opposés du management existent dans le foot comme dans l’entreprise. L’encadrement par la compétence ou par le projet collectif sont aussi des méthodes que l’on retrouve sur les gazons comme dans les open-spaces.   
Certaines sont efficaces et d’autres moins. Elles doivent surtout être adaptées au projet du club et de l’entreprise. Il suffit d’observer Zinedine Zidane pour s’apercevoir qu’il n’est pas l’homme de la prise de parole et du management par la harangue de vestiaire. Et pourtant.

Avec le Real de Madrid, l’homme légendairement discret a tout remporté. Grâce à sa compétence rassurante, lorsqu’il explique et démontre, comment marquer ou se placer sur un terrain, Cristiano Ronaldo l’écoute. Son aura et sa force de meneur d’hommes, il la tient de cette expérience, de ce talent et de son formidable palmarès. Ce management de la compétence, certains cadres ou dirigeants en usent également, à l’image d’un Carlos Tavarès, ingénieur et pilote automobile, capable d’expliquer à ses équipes de R&D de PSA de quoi une automobile est faite. Un management de la compétence qui peut aussi devenir celui du long terme, si les qualités de l’homme lui permettent une évolution perpétuelle de ses propres savoirs.

Ce management, en tous cas, est l’inverse de celui du prédécesseur de Zidane

À Madrid, José Mourinho était l’homme du one shot. Celui de la saison brillante, certes, mais unique. Son management, très exigeant, se basait sur un rêve de conquête : celui d’un titre. Mais une fois cet objectif atteint, le collectif n’avait plus de rêve, plus d’espoir de mieux, plus de moteur pour aller plus loin.

Ces managers d’une seule année, d’un seul objectif à atteindre, et capable d’entrainer leur équipe vers ce but, existent en entreprise aussi. Mais le court-termisme tourne court, car il est nuisible au collectif.

Gardien du long terme
La France dispose d’un bâtisseur courageux. Didier Deschamps, à l’image de son mentor Aimé Jacquet, a constitué son équipe de cette manière : en cherchant le groupe homogène, quitte à se passer de bons éléments individuels si ces derniers sont inaptes au collectif. Jacquet s’était privé de Cantona et Ginola en 1998 ? Deschamps n’a pas sélectionné Benzema et Rabiot en 2018. Au foot, comme en entreprise, il faut savoir refuser le recrutement d’une personne susceptible de freiner le collectif, même si elle est performante individuellement.

Le recrutement, comme le management, est un point essentiel, et sur ce terrain, le foot peut apporter une leçon à l’entreprise. Acheter les meilleurs est une chose, les faire jouer ensemble en est une autre, une alchimie dont le PSG n’a toujours pas percé le secret. A l’inverse du FC Barcelone.

La leçon du Barça
Voilà un club qui démontre depuis des décennies les bienfaits de la promotion interne, voire de l’alternance. Cela inspire aussi les entreprises comme le démontre une étude menée par la Harvard Business School. Le secret du Barça ? Son centre de formation, appelé La Masía, où éclosent les grands joueurs qui, de l’âge de 12 ans jusqu’à leur retraite souvent, font carrière en Catalogne. Il en va ainsi de Leo Messi, enfant du Barça. Une telle stabilité tient évidemment aux bons résultats du club, l’un des tous premiers de la planète foot.

Mais c’est justement cette méthode de formation sur le long terme qui a permis de remporter tous ces titres. Parce que les joueurs sont intimes depuis leur enfance et le collectif qu’ils forment est presque familial. Parce que leur coach est très souvent issu de leurs rangs. Cette manière de manager est un pied de nez au système footbalistique actuel, où les recrutements se font à coups de ventes de joueurs par les grands clubs.

Mais c’est aussi une piste de réflexion pour toutes nos entreprises désormais confrontées à la pénurie des talents et qui s’escriment à les dénicher, et à les débaucher dans une surenchère mondialisée. Des talents individuels pour des performances qui le sont tout autant. Alors qu’un match, et un marché, se gagnent par le collectif.

Évidemment, la politique mise en place par le FC Barcelone a des inconvénients. Lorsque les joueurs ne sont plus dans leur groupe, leur famille, leur collectif, ils sont moins performants, comme Messi l’a démontré en Russie. Mais en entreprise, si l’on joue souvent à l’extérieur, on ne joue jamais pour une autre équipe que la sienne, fût-elle nationale.